L’éducateur spécialisé

Il y a deux ans je passais le concours d’éducateur spécialisé à Clermont-Ferrand, comme ça, pour m’entraîner, pour essayer. Il se trouve que je l’ai eu, et que je suis entrée en formation. Je vous explique aujourd’hui ce que sera mon métier.

Pour vulgariser, (mais j’y reviendrais après) l’éducateur spécialisé c’est celui qui, selon la situation, est à côté, devant, ou derrière une personne pour un petit bout de chemin parce que cette dernière a du mal à avancer.
Tout ceci est métaphorique, en gros l’éducateur spécialisé accompagne les personnes qui en ont besoin. Pleins d’humains peuvent être concernés : les enfants, les adultes, les couples, les personnes porteuses de handicap, les plus âgés, les ados…. enfin en gros tout le monde. Mais on distingue 4 champs d’intervention : le handicap, la protection de l’enfance, l’insertion et la santé mentale. Du coup c’est pas mal car on a la possibilité de voir des choses très différentes en gardant le même métier. Pour mieux expliquer et me faire pardonner de ce gros raccourcis, je vous explique… mais… commençons par le début si vous le voulez bien.
Cela fait quelques années que je souhaite devenir éducatrice spécialisée. Il y a 1000 raisons à ce choix, la plupart sont profondément personnelles. L’injustice m’a toujours filé de l’urticaire (façon de parler). Petite déjà je ne comprenais pas pourquoi ce vieux bonhomme était assis là toute la journée devant le magasin, et un peu plus tard lorsqu’on m’expliqua, je ne compris pas pourquoi personne ne l’aidait, ne lui donnait quelques minutes pour discuter, lui proposait une boisson… en somme, être un peu gentil.
C’était un peu ça dans ma tête
Par la suite je me posais pleins de questions, pourquoi tant de choses horribles arrivent? Pourquoi certaines personnes sont privées d’une partie de leurs capacités? Pourquoi certains enfants ne sont pas aimés par leurs parents? Pourquoi… pourquoi ?
Toutes ces questions sans réponses sur la merde que peut être le monde me remontaient déjà gamine, je voulais faire une différence, donner de l’amour, de l’attention et secrètement changer la vie des gens. Si on ajoute à ça le bon exemple d’altruisme dont ont fait preuve mes parents à bien des reprises, mon futur métier m’était un peu prédestiné.
Je suis le genre à penser que si on s’en donne la peine, on peut rendre le monde et la vie un peu moins pourrie. Et même si la réalité des choses me rattrape, que tout n’est pas aussi simple que ça, je souhaite garder les idées primaires que j’avais étant petite. C’est important je pense, de ne pas oublier ce pourquoi on se bat, ce pourquoi on raisonne comme on le fait. J’aime à me dire que le monde n’est pas si nul, j’ai foi en la bonté. Quand je vois le concept d’altruisme prendre vie sous mes yeux, quelque chose de positif offert gratuitement, je me dis qu’il y a quelque chose en nous qui peut rendre les choses meilleures. Je sais que jamais je ne pourrais guérir tout les malheurs du monde, mais si je ne fais pas une différence à l’échelle planétaire, j’espère au moins en faire une à l’échelle de quelques vies. Provoquer une rencontre qui changera les choses pour une poignée de personnes.
Il m’aura fallu quelques années après le bac pour acquérir le minimum de maturité et comprendre un petit peu le monde qui m’entoure. Et j’ai bien fait car la « moi » d’il y a quelques temps n’aurait pas appréhendé cette formation de la même manière. Je n’aurais pas su me saisir de tout. Parce que cette formation n’en est pas qu’une, depuis deux ans, je pense et je vis éducateur spécialisé. Bien plus qu’un métier, c’est une façon d’être, de percevoir, de réagir, de réfléchir. En deux années, tellement de choses se sont produites, cérébralement parlant.
On n’assiste pas à des cours lambda (sauf 1 ou 2 on va pas se mentir), on vit la formation, en perpétuelle réflexion sur tout. Nos cours sont en fait des échanges, entre nous les étudiants (si je dis pas de bêtises on est un peu plus que 70) et nos formateurs qui activent nos neurones. Nous avons aussi des stages, beaucoup de stages. Cette année j’ai effectué les miens dans ce qui, pour être honnête, m’attirait le moins : le handicap adulte. Et je ne regrette absolument pas car en plus d’avoir pris sur moi, et d’avoir grandi, j’ai rencontré des gens absolument merveilleux, professionnels et adultes handicapés confondus. Ce qui me fait le plus briller les yeux, c’est de me dire que j’y suis allée avec des a priori (je schématise à mort là) :  » ah, des personnes avec handicape mental, donc aucun échange? Aucune compréhension? Un peu débiles quoi, rien ne va se passer… super. » Et pourtant, tellement de choses se sont produites… avec ou sans handicap je m’aperçois que certaines choses sont universelles, le sourire, les sentiments, l’humour, le chagrin… Des stages remplis de surprises, d’ échanges, (et, même si certains éducs sont contre) remplis d’une énorme poignée d’affection.
Ensuite j’ai fait mon stage de deuxième année au Québec, et là, la révélation a été encore plus impressionnante.
Pour faire court, le travail social et la mentalité en générale sont bien différents. La bienveillance est toujours de mise, et très utile là où j’ai travaillé. Il s’agit d’un centre d’hébergement pour personnes sans abris, avec des problématiques associées (dépendances, troubles psychiques…). L’accueil de ces personnes est tellement humain, il s’agit d’une vraie maison avec un vrai quotidien, ça bouge tout le temps, ça bouillonne d’émotions, ça sent bon la cuisine et le ménage. C’est jusque là ma plus belle expérience dans le social.
Pour en revenir à la formation, en somme pleins de choses sont à aborder d en plus des stages nous avons: les cours « basiques » (anthropo, philo, psy en tout genre…), les questions éthiques, « l’autorité », les institutions, les partenariats, les projets, l’humain.. j’en passe et des meilleurs.
Mais ce dernier est le plus important. L’humain. C’est le coeur et le corps de notre métier. L’humain. Imprévisible, inattendu L’humain. Avec ces infinies capacités, pouvant réaliser tellement de choses. L’humain. Créateur et destructeur. L’humain. Machine à sentiment.
Il est très dur de composer avec toutes les caractéristiques de l’humain, on ne sait pas à quoi s’attendre.
L’éducation spécialisée, c’est un humain faisant un bout de chemin avec un autre humain (accompagné de quelques magnifiques nuances dûes à ce qu’on appelle « relation »).
Du coup, l’accompagnement peut être compliqué à aborder. Par exemple : comment savoir si le courant va passer puisque qu’avant d’entamer une relation basée sur l’accompagnement « pro », on est surtout deux personnes avec une manière de voir le monde, avec son propre caractère, ses opinions, ses valeurs.
Être éducateur spécialisé ça ne s’arrête pas à s’occuper des gogoles et à torcher le cul des enfants, comme je l’ai si souvent entendu dire. Être éduc’ c’est avant tout rester à sa place d’humain, créer quelque chose, aider l’autre à prendre ou reprendre sa vie en main lorsque cela est possible. Et croyez moi ou non, ce n’est pas chose facile. Mais cela enlève rien à ce qui rend l’humanité si spéciale, et à ce qui me pousse chaque jour à me dire que j’ai choisis le meilleur métier.
Actuellement je suis en stage avec des adolescents, je gagne encore en maturité pour appréhender cette période de la vie qui est loin d’être facile. Mais une fois de plus je vis des moments merveilleux (mais aussi compliqués), et je ne regrette pas !
A très vite, n’oubliez pas votre humanité ! (Je vous laisse sur ce magnifique discours de Chaplin, tiré du dictateur)
Les autres images viennent de Pinterest

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